"Dans l'éventail des amours possibles, il y en est un de la pire espèce. Sa cruauté est telle qu'il tue ses victimes. On l'appelle l'amour non partagé. Celui là je le connais, je suis experte en la matière. Dans la plupart des histoires d'amour, les sentiments sont réciproques, et dans les autres ? Et nous alors ? Les laissées pour compte ? Nous qui aimons sans retour, tout seul, dans notre coin ? Nous sommes les victimes de l'amour à sens unique, les oubliés dans la distribution du bonheur. Nous sommes les mal-aimés, les bancales, les handicapés du c½ur, et ça ne nous donne même pas le droit à des places réservées au parking."
"Il s'est donc avéré qu'il ne m'aimait pas, comme je le croyais. Ce que j'essaie de dire, c'est que je sais ce que sais quand on se sent si petit et si insignifiant qu'on en perd toute dignité humaine. Et qu'on se met à souffrir dans un endroit en dedans de nous et dont on ignorait l'existence. Quelque soit le nombre de fois où on va chez le coiffeur, où encore le nombre d'heures qu'on s'entraîne, ou le nombre de verre de Chardonnet qu'on boit avec les copines, on continue à se mettre au lit tous les soirs en se repassant chaque détail et en se demandant ce qu'on a mal fait ou si on a mal interprété les choses... Et qu'est-ce qui nous a pris lors d'un bref instant de croire qu'on a eu le droit au bonheur ? Il a des fois où on arrive même à se convaincre qu'il aura une révélation et qu'il viendra cogner à la porte. Et ensuite, aussi longtemps que tout cela ait pu durer, on part dans un pays lointain et on tombe sur des gens grâce à qui on sent qu'on vaut encore le coup. Et les morceaux de ce qu'on était se remette enfin en place et toutes ces vieilles histoires, toutes les années de notre vie qu'on a gâché finiront un jour par s'atténuer."


